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« Le destin est ce qui nous arrive au moment où on ne s'y attend pas ». Tahar Ben Jelloun.

PREMIERE PARTIE (extrait)

La départementale reliant Vesoul à Besançon était tranquille, sans grande circulation et nous avancions à une allure sereine, contents de rejoindre notre maison. Une voiture nous suivait. Nous venions de passer une petite côte et en amorçant la descente, loin devant nous, surgit une voiture blanche d’un chemin communal pour s’engager sur la route non pas sur la voie de gauche mais sur notre voie. Le soir tombait et dans la pénombre, cette masse blanche à l’horizon semblait se rapprocher, je criai « attention ! » et, par réflexe, mon mari, pour éviter la collision, donna un coup de volant sur la gauche. Cette manœuvre un peu brusque entraîna la voiture dans une toupie pour finir sa course dans le bas côté de la route.

La voiture s’immobilisa net dans le fossé : nous n’avions heurté aucun obstacle, ni touché la voiture blanche et nos étions tous les cinq assis sans réelles blessures.

Mon mari sortit de voiture, fit descendre mes trois filles apparemment indemnes et vint m’ouvrir la portière passager. « Comment vont les filles ? » lui demandai-je. « Elles vont bien, ne t’inquiète pas », me dit-il.

Là, d’un seul coup, mon corps se figea, comme cloué au siège et je ne pus descendre de voiture : mes jambes semblaient ne pas répondre à mes ordres, ma tête était consciente mais mon corps était là inerte. Devant la situation, mon mari, d’abord préoccupé de mettre mes filles en sécurité, se mit en quête d’aide pour appeler les pompiers. Je sentais une agitation et des lumières autour pressentant que d’autres automobilistes s’étaient arrêtés pour apporter leur secours. Un monsieur, qui se présenta comme étant médecin, ouvrit la portière et s’approcha de moi. Je lui décrivis l’insensibilité de mes jambes et de mes bras et, naturellement, il me soutint la nuque en soulevant le menton : je lui posais sans cesse la même question : « je suis paralysée, je suis paralysée ?? ». « Chut, ne parlez pas, restez calme ! » me dit-il d’une voix rassurante. Mais, au fond de moi, j’étais persuadée de ma paralysie, que ces jambes qui ne bougeaient pas étaient bien le signe d’un destin irréversible. Le froid m’envahissait, on m’apporta une couverture de survie. Je regardais la nuit dans l’attente des pompiers, consciente du drame que je subissais. Dans un silence pesant, l’attente fut longue, presque interminable….

C’était le 13 octobre 1997.8461312 imgs 1653

Le récit de vie

Chaque parcours de vie d'une personne est synthèse de multiples déterminations, d'interactions et des actions de la personne elle-même. Aussi chaque récit d'un parcours de vie contient-il, sous forme narrative, des informations et des significations sur des niveaux très divers de réalité. Comment le sociologue doit-il s'y prendre pour recueillir des récits de vie - et auprès de quelles personnes - afin que chacun contribue à la compréhension de l'objet étudié ? Comment construire cet objet sociologiquement, comment développer l'enquête et la mener à bien, comment y insérer des moments d'observation directe des interactions ? Comment recomposer peu à peu par l'analyse un modèle réaliste de l'objet d'étude, un modèle qui en donne une description analytique et dynamique la plus riche et la plus fidèle possible ? C'est à ces nombreuses questions que répond l'ouvrage qui m'a 41trpom8 0l sx358 bo1 204 203 200servi de base de travail.

Comment vais-je m'y prendre?

C’est à travers l’expression de mon vécu, que je montrerai l’évolution de mon existence et le processus de mobilisation nécessaire pour devenir ce que je suis en 2019.
Il m’a paru important, pour cela, de respecter la structure diachronique de l’histoire, c'est-à-dire l’ordre des différentes étapes parcourues, se succédant parfois par des effets de cause à effet.
C’est ainsi que mon parcours, résultant d’une série d’actions, a été tracé me permettant, aujourd’hui, d’en analyser la trajectoire et les enchaînements.
Je parlerai aussi dans mon récit des trois éléments d’état : l’état de ma personnalité (mes forces vives, mon état psychologique), l’état de mon réseau (mes relations proches et les rencontres) et l’état de ma situation sociale qui définit mon statut dans la société.
Tout au long de mon parcours, les événements ont modifié l’un au moins de mes états et réciproquement, la modification de l’un de ses états a constitué un événement.
Existe-t-il pourtant une logique dans ce parcours ? Des points communs avec d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires ? Surement, mon objectif était d’en apporter les réponses mais, chaque être est unique et beaucoup de facteurs déterminent la trajectoire de notre vie : je n’aurais pas la prétention de servir de modèle mais, au-delà de ça, je peux affirmer que l’expérience vécue peut apporter des preuves, aider à construire des hypothèses et à en dégager certains concepts que l’on dit parfois récurrents.
C’est dans ce sens que mon histoire peut générer des connaissances socio objectives sur la reconstruction d’une personne handicapée à la suite d’un drame de la vie.


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Muriel LARROUY

Ma directrice de mémoire a été un pilier indispensable en 2014 dans la construction de mon mémoire de DHEPS. Comme pour un chantier, j’avais la matière première (les briques, le ciment), j’avais le savoir faire acquis pendant les cours du collège coopératif d’Aix mais, voilà, il me manquait le regard averti d’un chef de travaux pour superviser l’ensemble.
Muriel LARROUY, docteur en sociologie, est l’auteur d’un livre « L’invention de l’accessibilité » : je ne pouvais pas trouver une personne plus aiguisée dans ce domaine puisque l’objet de mon étude portait sur « la gouvernance de la ville de Salon dans la politique d’accessibilité ».
Elle accepta d’être ma directrice de mémoire et malgré l’éloignement géographique, nous avons pu - beaucoup par mail, beaucoup au téléphone - échanger et avancer ensemble dans l’élaboration des fondations, base solide et stable du mémoire, la pose des murs pour structurer l’édifice, l’installation du toit pour se couvrir de tout aléa. Les décorations intérieures ont fait l’objet d’attention particulière pour finaliser l’écrit et corriger chaque tournure de phrases.
Après presque un an de travail, sa présence le jour de ma soutenance le 21 septembre 2015 m’a beaucoup rassurée, confortée et mise en confiance.
Nous sommes restées en contact et, lorsque je l’ai informée en 2018 de mon envie d’écrire mon livre, elle n’a pas été surprise : « ça ne m’étonne pas de toi ! » et m’a encouragée dans ce nouveau défi.
J’utiliserai la boîte à outils d’analyse sociologique que Muriel m’a transmise et je construirai, sous son regard bienveillant et ses conseils pertinents, l’Memoire dhepsoeuvre de ma vie.Invention accessibilite 4547

 

Un travail de mémoire (extrait de ma préface)

J’ai, de manière sincère et authentique, retracé chaque instant du parcours.

Les événements font partie de mon passé et constituent mon identité.
Quant à la mémoire des faits, des événements, on pourrait penser qu’elle peut, à certains moments, faire défaut mais les souvenirs, lorsqu’ils sont chargés d’émotion, restent bien souvent gravés et je n’ai pas rencontré de difficulté à les retrouver et à vous les livrer.
 Et, par souci d’authenticité et pour coller à la vérité, j’ai régulièrement consulté le carnet de bord tenu par ma maman avec des dates bien précises pour retrouver un événement marquant…
…Ce souvenir des faits, des personnes m’a obligée à revivre des émotions, à les éprouver une seconde fois mais, de manière différente qu’à l’instant T. Les revivre avec ce recul me permet de mesurer la métamorphose d’un drame de la vie en une victoire sur la vie et à travers le récit, de donner au lecteur, le plaisir d’en suivre le cheminement et d’en découvrir l’issue…

La peur laisse des traces sur notre memoire

Pour bien commencer,

il faut se nourrir de connaissances, s'abreuver de lectures pertinentes. Photo livre1

Le titre et le sous-titre

Le choix du titre « 20 ans après » s’est imposé naturellement puisque cette histoire relate de faits qui se sont déroulés il y a déjà vingt ans (un grand merci à Cathy Donadieu*  qui a créé ce logo avec une de mes photos).
Je mesure ainsi les étapes parcourues, ce que j’en ai fait et ce à quoi je suis parvenue.
Mais, pour le lecteur, cela ne suffit pas : il a besoin de comprendre en prenant ce livre, qui parle et de quoi parle cette histoire.
Comment trouver un sous-titre accrocheur qui apporte en quelques mots des précisions sur le contenu ?
Plusieurs idées me sont venues sans que je puisse trancher sur l’une ou l’autre et, depuis le mois de mars, j’ai procédé à des sondages pour obtenir l’avis des membres de ma famille, de mes amis, de connaissances et aussi d’anonymes qui ne me connaissent pas et qui, donc, feraient preuve d’objectivité.
Voici les quatre suggestions :
1) Egographie*  une femme tétraplégique.
2) Egographie d’une tétraplégique.
3) Egographie d’une femme tétra.
4) Egographie d’une tétra.
Les opinions ont été variées et tant mieux, cela signifie que la porte est grande ouverte à la démocratie et à force d’arguments, le sous-titre 1 s’est détaché des autres parce qu’il semblait plus précis, plus explicite. En effet, les trois mots les plus importants sont là : EGOGRAPHIE pour l’expression écrite du MOI, de mon intérieur, FEMME parce que c’est ce que je suis avant tout et TETRAPLEGIQUE, parce que la vie de cette femme en a été autrement.
Je remercie toutes les personnes qui ont pris part à ma prospection et qui ont validé, par leur choix, le sous-titre qui retiendra l’attention, suscitera la curiosité et l’envie d’en savoir plus en achetant le livre.

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* www.cdonadieu.fr
* Néologisme de ma création dont les sonorités s’apparentent à celles de l’échographie et qui désigne l’expression d’un récit rétrospectif qu’une personne réelle fait de sa propre existence rappelant non seulement les faits passés mais les émotions ressenties. Il remplace l’item « autobiographie.

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Synopsis

« Vingt ans après » raconte mon histoire, celle d’une femme tétraplégique de 54 ans, victime d’un accident de la circulation, et qui vit en fauteuil roulant.
Avec le recul, j’ai voulu comprendre le chemin parcouru et mener une réflexion continue sur mon expérience.
Qu’est-ce qui m’a donné la force, la motivation face à une situation contrainte pour agir, évoluer et me projeter dans l’avenir ?
Vous livrer avec mes mots toutes les émotions, les souvenirs de cette épreuve de vie est une manière d’intellectualiser avec objectivité le traumatisme et ses conséquences, l’acceptation du handicap et de la différence par la résilience: il ne s’agit pas seulement de me raconter mais d’ouvrir le débat vers une démarche d’engagement social pouvant servir à d’autres personnes touchées par un handicap ou à des personnes côtoyant de près des personnes handicapées.
Et puis, c’est à travers le récit intime que se tisse une reconstruction, non seulement « du sentiment de soi mais aussi de l’image que l’on dessine dans l’esprit de l’autre (1)».
Que cet ouvrage soit la trace indélébile des stigmates de mon passé est une évidence, il aura pour  mission de donner l’espoir et l’envie d’apprendre à vivre autrement pour transformer « l’obstacle en tremplin, la fragilité en richesse, la faiblesse en force et les impossibilités en un ensemble de possibles (2) » et de partager avec vous l’histoire heureuse d’un « merveilleux malheur (3) ».


1 - CYRULNIK Boris, un merveilleux malheur, Editions Odile Jacob janvier 2002  p 167
2 - FISHER Georges, Le ressort invisible. Vivre l’extrême, Paris, Le Seuil, 1994, p 269
3 - Dédicace de Boris Cyrulnik au colloque à Salon de Provence 23 et 24 mars 2017