Cette mystérieuse moelle épinière

La  moelle épinière constitue le prolongement du cerveau de laboîte cranienne, à partir du bulbe rachidien et ce tout le long de la colonne vertébrale dans laquelle elle est contenue. Son rôle est de distribuer les nerfs entre le cerveau et les différentes parties du corps.

Elle est impliquée dans les réflexes, par exemple lorsque l'on retire sa main d'une plaque de cuisson brûlante, directement, sans passage de l'information nerveuse au cerveau.

La moelle épinière est un cordon blanc de 1 centimètre de diamètre et de 50 centimètres de longueur. Les nerfs rachidiens, qui sont directement reliés à la moelle épinière, sont au nombre de 31 paires (7 cervicales, 12 dorsales, 5 lombaires, 5 sacrées et 2 coccyx), chaque nerf présentant deux racines : motrice et sensitive.

Lorsque ce cordon est abîmé, rétréci ou carrément sectionné comme chez moi, le courant ne passe plus et par conséquent, les nerfs situés en dessous de la lésion médullaire ne peuvent plus exercer leur fonction motrice, ni sensitive.

Moi, l’interruption se situait en C6C7 avec fracture et luxation des cervicales : une lésion médullaire[1] irréversible. Il a fallu consolider l’ensemble par une plaque (arthrodèse) située sur le devant  de ma gorge. Cet appareillage n’était absolument pas douloureux, je l’ai encore à l’heure actuelle.

Premièrement, la tétraplégie[2] complète entraîne une impossibilité de commander les muscles situés sous la poitrine : du diaphragme, en passant par les abdos jusqu’au muscles des jambes.

J’avais beau regarder ma jambe,  l’unité centrale qu’est mon cerveau avait beau lui ordonner de se lever, le fil coupé empêchait toute commande et le réseau était interrompu. Pas de Wi-Fi, ça m’aurait bien arrangée !

J’ai appris avec le temps que, sans abdos, la station assise est précaire, chancelante parfois (me rapprochant sensiblement du culbuto) et que ma jambe ne bougera que si je la prends et que je la place manuellement, comme on déplace une bûche de bois (et, quand on connaît le poids d'une souche morte).

En C6 C7, les muscles des bras fonctionnent correctement, sauf les triceps qui sont plus faibles et les doigts qui ne bougent pas.

Deuxièmement, c’est l’insensibilité, qui est source de vigilance : être assise longtemps sur une surface dure peut entraîner à la longue une compression des chairs et un manque d’irrigation vasculaire et provoquer une escarre[1]. Tous les points d’appui sont concernés, en particulier, les fesses sur lesquelles je suis en permanence assise, il y a aussi, les talons concernés par l’appui des chaussures.

Bref, quand on sait qu’une escarre peut arriver en quelques heures, c’est un peu la bête noire des personnes tétraplégiques et paraplégiques qui multiplient la surveillance et la prévention.

Cette parenthèse anatomique est indispensable pour comprendre le fonctionnement d’une tétraplégie complète et ses conséquences physiques.

1 la moelle epiniere


[1] Escarre : lésion cutanée liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses du corps du patient.

 

[1] Médullaire (blessure) : atteinte lésionnelle de la moelle épinière avec paralysie totale ou partielle des membres et du tronc.

[2] Tétraplégie : paralysie des quatre membres causée généralement par une lésion de la moelle épinière. Elle est dite « complète » lorsqu’il y a une absence totale de sensibilité et de mobilité des régions innervées sous la lésion.