Confronter ma différence.

Les interactions avec les autres se jouaient lors des sorties. Faire comme tout le monde, réduire au maximum l’impact du handicap sur mon image …

On nous appelle parfois « les héros de l’adaptation » mais, comme  le soulignent à juste titre les sociologues Isabelle VILLE, Emmanuelle FILLION et Jean-François RAVAUD, « Faire comme les autres, à savoir participer à la vie sociale quand on a des limitations fonctionnelles suppose de déployer des actions spécifiques que ne font justement pas les autres[1]. »

Lorsque je sollicitais l’aide d’inconnus, je n’ai jamais été exposée à des refus ou à une crainte particulière: un service rendu les rendait quelquefois bienheureux et flattait leur ego. En retour, mon sourire, un grand merci ou un mot de reconnaissance validerait celui-ci. S’installait alors une réciprocité donnant/donnant.

Combien de fois ai-je sollicité un passant dans la rue pour m’aider à ramasser un objet tombé trop loin, décoincer mon fauteuil de la voiture ou me donner ce petit élan nécessaire pour franchir une pente?

A l’inverse, combien de fois m’a-t-on proposé de l’aide sans que je l’aie demandée ?

Etre dans un besoin d’assistance n’était ni dévalorisant, ni blessant, j’acceptais cette solidarité, cette empathie naturelle. Le sentiment de pitié faisait parfois surface laissant un goût amer en me rappelant mes incapacités, donc mon handicap. Avec le temps, je m‘étais habituée à certains comportements sans me préoccuper de l’intention donnée.

 

 

[1] Isabelle VILLE, Emmanuelle FILLION, Jean-François RAVAUD, op.cit., p 112.

Illustration margerin