En réanimation...

lPoumons respiration’état d’esprit était centré sur le moment présent. Je vécus chaque instant comme une survie. Cette épreuve singulière et solitaire fut pour moi le souvenir de souffrances physiques principalement liées à la ventilation.

Se soumettre à la dépendance.

Il me fallut trouver l’air, mon oxygène, pour respirer car les poumons semblaient trop encombrés pour assumer leur fonction : l’intubation était indispensable pour pallier à l’urgence vitale et j’ai du accepter ce tuyau encombrant ma bouche mais tellement nécessaire pour vivre.

L’appareillage, qui m’entourait, était constitué de machines rythmant la respiration et donnait en permanence des indications sur mon état de santé : le personnel en alerte pouvait ainsi intervenir rapidement en cas de défaillance. Je me sentais comme dépossédée de mon corps que j’abandonnais aux équipes soignantes et aux machines. Tout se passa comme si je m’étais retrouvée expropriée de moi-même pour n’être qu’un sujet médicalement assisté et dépendant d’autrui.

Ce n’est que le 4 novembre que l’on me posa une trachéotomie[1].  Directement placée à la base du cou et reliée à la trachée, elle visait principalement à favoriser ma ventilation et pouvoir désencombrer mes poumons. Elle permit aussi d’aspirer régulièrement les sécrétions pulmonaires entravant la respiration et donc la distribution de l’air. On instaura des postures sur le côté pour désencombrer le poumon gauche. Mais malgré cela, lorsque l’air devint difficile à capter, lorsque la sensation d’étouffement était là, je sonnai pour que le personnel vienne aspirer ces sécrétions à travers la trachéotomie avec de longues sondes.

C’était très fréquent et je n’ai jamais autant ressenti ce sentiment de survie qu’à ces moments là. Tous les matins, c’était le même rituel : une simple prise de sang indiquait le taux de saturation[2]. Cette vérification était importante car elle indiquait, chaque jour, au personnel soignant l’amélioration de mon état pulmonaire.

 Pour me nourrir, pas question d’avoir une alimentation normale, plutôt une sonde gastrique, directement reliée à l’estomac. C’est encore une dépendance de plus qui m’imposait le lâcher prise. Je n’avais ni colère, ni révolte, ni déni, j’acceptais les soins et les aides techniques naturellement. Pouvait-il en être autrement ?

 

[1] Trachéotomie : incision chirurgicale de la trachée haute sous le larynx destinée à rétablir le passage de l’air par intubation.

[2] Saturation : désigne le taux d’oxygène contenu dans les globules rouges après le passage dans les poumons.