Gérer une crise d’identité.

Pendant l’automne 1998, à mon retour à domicile, je me devais d’imaginer et de construire ma vie future.

Nous avons tous en nous plusieurs identités -  intime, sociale, familiale -  plus ou moins compatibles et concurrentielles. Leur interaction définit notre « je ».

Comme le définit Martine Fournier[1] dans son article, en référence à François de Singly, mon identité statutaire (rôle à jouer dans la société) se réduisait à mon rôle de maman au foyer avec trois enfants de 9 et 7 ans puisque j’avais perdu mon identité professionnelle.

Mon identité personnelle celle d’une femme de 34 ans, tétraplégique et séparée m’enfermait dans cette dimension.

La frontière entre les deux n’étant pas clairement définie, je me retrouvais en plein questionnement, cherchant à donner un sens à ma nouvelle vie.

Quelles étaient mes priorités ? De quoi avais-je envie ? Je pourrais ainsi hiérarchiser mes choix, définir ma place et mes rôles sociaux et être moi-même.

Un déclic se produisit un matin du mois de novembre. Mes filles étaient parties à l’école et je me retrouvais seule à la maison à regarder par la fenêtre.

Un sentiment de vide m’envahit, cet enfermement identitaire ne m’avait-il pas dépouillé de mes statuts de femme active dans son métier ?

Le rythme quotidien était bien rôdé (j’en reparlerai plus tard) apportant un certain confort, un sentiment de sécurité mais, était-ce suffisant pour me sentir exister ?

Je ressentis le besoin de me créer une représentation sociale épanouissante pour sortir de mon isolement.

J’étais en quête d’une harmonie entre mon « je » personnel et les rôles que je pourrais jouer à l’extérieur. Mon handicap me permettrait-il de me réaliser ?

« Etre différent n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela signifie simplement que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même[2] ». Albert Camus

 

 

[1] FOURNIER Martine Qu’est-ce que l’identité ? N°303 mai 2018 Sciences Humaines

[2] CAMUS Albert, L’étranger Editions Gallimard 1994

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