Nicolas, mon kiné

 Après la toilette et le passage de la femme de service pour le ménage, je patientais, allongée, en attendant la visite de mon kiné Nicolas. Avec le programme déjà bien rempli, il était déjà 10 heures, 10 heures 30. La mobilisation des membres inférieurs et supérieurs se faisait au lit, comme en réanimation.

Pour meubler l’attente, je regardais les clips vidéo sur M6. Nicolas frappa, entra : « Salut, ça va ce matin ? ». « Super, et toi ? ».

Oui, à Propara, tout le monde se tutoyait, mis à part, les médecins qui vouvoyaient les patients. Se tutoyer permettait une forme de rapprochement, d’établir une relation de confiance et d’atténuer le rapport médical soignant/soigné. « Cette familiarité se garde de préserver toute l’intimité : elle ne doit pas être trop intrusive »[i]. Ça n’était pas le cas, simplement me sentir ainsi proche, renforçait la complicité.

C’était devant la télévision que Nicolas, manipulait mes jambes, les pliait, les écartait pour garder une certaine souplesse, étirait les chevilles pour éviter les raideurs. On discutait de tout : nos goûts musicaux, les concerts que nous avions vus. Ce moment était propice aux confidences sur ma vie.

  • « Tu as vu des filles pendant les fêtes de Noël ? » me demanda t-il.
  • « Oh oui, elles sont venues début janvier avant la reprise de l’école, ça m’a fait du bien. C’est dur de ne pas les voir plus souvent mais elles vont bien, c’est le principal ! L’aînée est en CE2 et les jumelles sont en CP. Elles sont bien entourées, l’école est super et leur père a pris l’organisation en main, de toute façon, il n’avait pas le choix ! »
  • « Tu faisais quoi comme métier avant ? »
  • « j’étais dans le social puis j’ai été enseignante quand j’ai eu mon accident. Je préparais le concours pour être titulaire et puis, ça m’a tout gâché ! »
  • « Qui sait si, un jour tu ne vas pas reprendre ton métier, faut du temps et ne jamais te décourager, c’est important ! En ce qui concerne la souplesse, c’est pas mal, tu n’es pas trop spastique, c’est un avantage pour plus tard ! »

La séance d’étirements se terminait par les manipulations des doigts immobiles pour ne pas, à long terme, qu’ils se recroquevillent. « A tout à l’heure, en bas ! » me dit-il en quittant la chambre.

 

 

 

[i] BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008Kine