Mes écritures

Puzzle 3155663 960 720

Un projet se réalise par étape

et il m’a semblé important, avant de me lancer dans la rédaction de mon histoire de déterminer mes intentions, de définir mes lignes d’actions logiques et pertinentes et la méthode de travail utilisée. Comme chaque pièce d’un puzzle, chaque lecture, chaque écriture, chaque rencontre viendront alimenter ce blog et s’imbriquer les unes ou autres pour construire mon récit.

Le jour de Noël

Et puis, arriva le 25 décembre. Mes parents me proposèrent d’aller faire un tour dehors pour profiter de ce beau soleil. Installée dans mon fauteuil électrique et emmitouflée dans un gros blouson et une écharpe pour ne pas prendre froid malgré la température douce (j’avais oublié de vous dire que mon niveau de lésion médullaire correspond anatomiquement au centre de régulation thermique : l’hiver, ma température corporelle peut descendre jusqu’à 34°c et l’été peut monter jusqu’à 40°c), je descendis par l’ascenseur pour atteindre le hall. Ma conduite rassurait mes parents qui appréciaient mon autonomie et l’aisance avec laquelle j’avais pris mes marques.

Lorsque les portes coulissantes s’ouvrirent, l’air extérieur m’envahit. Cet afflux d’oxygène pénétrant mes narines fut soudainement violent. C’était ma première sortie et ce « cadeau » de Noël était un message.

Je savourais l’instant car je respirais ENFIN l’air, librement.

Contente de pouvoir me balader dans le centre, je m’habituais à l’air vivifiant qui stimulait mes poumons et j’étais ravie de découvrir un nouvel environnement. La lumière captait mon regard, le ciel était bleu et chaque arbre me semblait beau ! Cet événement m’a beaucoup marqué : je me sentais vivante !

Depuis ce jour, j’ai appris à apprécier d’infimes détails comme un cadeau du ciel, une chance que vous offre la vie. Et, je voulais vous dire également de toujours croire au Père Noël !

7786270081 eric schmitt matzen ancien militaire est pere noel dans le tennesseeLung

 

20 octobre 2019 : Le compte à rebours commence aujourd’hui : J – 365!

Le 6 octobre 1964 est le jour de ma naissance, le 13 octobre 1997, celui de ma renaissance.

Depuis le mois d’octobre 2018, je vis une aventure littéraire que vous suivez, grâce à des extraits, sur mon blog « 20ansapres.fr » et je vous en remercie. Beaucoup de messages de soutien m’ont encouragée dans cette voie.

Depuis cette date, j’enrichis mes connaissances, en lien avec mon histoire, par des lectures. J’écris et je bénéficie des conseils et des  relectures de mes ami(e)s et de mes contacts.

Le projet avance à grands pas car, chaque jour, je travaille.

J’espère terminer ce récit vers mars/avril 2020. En mai, j’enverrai mon manuscrit à différentes maisons d’éditions que j’aurais pertinemment choisies. Si, par chance ou par intérêt, il retient leur attention, je souhaiterais sa parution le 20 octobre 2020.

La numérologie a parfois des signes favorables et j’espère qu’octobre se présentera sous les meilleurs auspices. 

 

Img 1044Img 1172

La chrysalide

Ce premier mois à Propara fut donc propice au changement, à une évolution physique et morale importante : du stade de « larve » que j’étais, naîtrait la chrysalide[1].

Xavier Bouton dit, à ce propos : « la personne est l’actrice d’une nouvelle histoire dans laquelle elle doit pouvoir se reconnaître ». C’est bien ainsi, qu’en ce début d’année 1998, entourée d’une équipe pluri disciplinaire, je débuterais un long travail d’apprentissage avec mes compétences[2] de patient :

Vivre avec confiance de nouvelles expériences,

Se reconstruire en acceptant ce nouveau modèle,

Agir pour progresser,

Evoluer vers un consentement fait de victoires et de frustrations,

Prendre soin de soi et se connaître pour appréhender le regard des autres.


[1]La chrysalide est la nymphe des lépidoptères, c'est-à-dire le stade de développement intermédiaire entre leur larve et leur imago. Le stade de chrysalide caractérise le fait que les lépidoptères sont des insectes holométaboles, c'est-à-dire à métamorphose complète.

[2] Compétence : connaissance approfondie reconnue, qui confère le droit de juger et de décider.

 

Cc9cf3fd3be432e17f0e25193230ea26

Le fauteul roulant électrique

 

Le 15 décembre 1997, mon kiné Nicolas, qui m’était attribué pendant mon séjour et qui avait continué la mobilisation des jambes et des bras au lit tous les jours depuis mon arrivée – je vous en reparlerai plus tard -, m’informa que le moment était venu de se mettre assise dans un fauteuil roulant électrique. Cette première rencontre avec le matériel se fit dans la chambre : bien assise sur un coussin anti escarres, mon dos épousait le dossier, mes bras posés sur les accoudoirs, mes pieds installés sur le repose-pied. « J’ai fait tous les réglages pour que tu sois bien, comment tu te sens là ? » me demanda mon kiné. «Ça va mais j’ai la tête qui tourne ! » répondis-je.

Je restais une heure sans sortir pour me familiariser avec l’engin et la posture[1] et apprécier cette relation du corps avec l’objet technique.

Une acclimatation plutôt réussie… puisque je renouvelais l’expérience les jours suivants en augmentant le temps. Ce rendez-vous quotidien devenait familier et j’accueillais mon futur moyen de locomotion avec enthousiasme : j’étais intriguée par le passage des fauteuils roulants que j’observais dans l’entrebâillement de la porte. Quelques jours après, le 19 décembre, c’est moi qui me retrouvais hors de ma chambre pour mes premiers essais de manœuvre. Comme les premières leçons de conduite en voiture, faut se lancer !

La manette à droite me permettait d’avancer, tourner, régler la vitesse : arpenter les couloirs très larges me semblait facile, prendre un virage en angle droit était plus délicat, tout comme les passages étroits (une porte, un ascenseur, …). Cette sortie n’avait pas seulement pour objectif de maîtriser la conduite, ni de visiter l’établissement en découvrant les salles de musculation, le réfectoire, le hall, etc… mais, plus encore, de me situer dans l’espace, de repérer les distances autorisées, mes capacités d’autonomie pour me diriger. Ouf, pour cette première, les murs restèrent intacts et j’ai validé mon permis, pas mécontente de cette avancée.

 

Httpswww lavitrinemedicale frhexacathuploadimages articlepart 2016 md web jpg 500x500pxbase20par20pagepage120sun 8147 xl

[1] Posture : élaboration et maintien de la configuration des différentes parties du corps dans l’espace.

Renaître par résilience

Je me sentais comme une forêt dévastée après un incendie, dont la végétation repousse doucement. Comme toute renaissance, l’évolution serait longue et progressive.

Ce concept, appliqué à l’humain, permettrait d’expliquer le processus de reconstruction qui s’opérait en moi.

D’abord, c’était mettre des mots sur le traumatisme, l’accident, source de réactions émotives. Exprimer ma douleur par des pleurs était un moyen de délivrance. Je n’avais pourtant aucune colère, ni rejet de la situation.

Ensuite, dans une perspective à long terme, c’était « assumer les faits, leur donner un sens et les intégrer dans mon histoire personnelle[i] ». Il s’agissait nullement de minimiser l’importance de l’événement ou de me « blinder » mais de devenir l’actrice de ma reconstruction en affrontant les épreuves.

Pour activer ce pouvoir de résilience, Jean-François Marmion décrit les ressources mobilisables :

  • Les ressources internes : bonnes compétences intellectuelles, sociabilité, estime de soi, sentiment de sécurité, croyances solides, sens de l’humour,
  • Les ressources familiales : éducation correcte, bonne relation avec de bons parents, famille structurée,
  • Les ressources extrafamiliales : l’appui apporté par les adultes bienveillants, une aide sociale.

 Consciente de ma force, j’avais toutes les cartes en main pour métamorphoser la douleur et transformer mon destin.

Resilience

 

[i] MARMION Jean-François La résilience, mythes et réalité. N°194 juin 2008 Sciences humaines 

Un nouveau départ

 

DEUXIEME PARTIE (extrait #7)

« Connais-toi toi-même ». Thalès

Mon arrivée au service de MPR était le signe d’un nouveau départ. Le décor était planté et j’étais prête pour la suite du tournage.

Certes, il y avait toujours le mot Médecine mais les mots Physique, Réadaptation étaient synonymes d’une prise en charge différente axée sur la récupération, la rééducation par le mouvement pour être le plus autonome possible. C’est ce que Xavier Bouton appelle la « recapacitation fonctionnelle ».

Un service de MPR a pour « vocation, de réduire l’écart entre ce que l’on peut faire en l’état actuel des choses et ce qui peut être atteint comme degré de complétude »[i] .

Propara était LE centre spécialisé dans l’accueil des paraplégiques[1] et tétraplégiques et sa notoriété n’était plus à prouver. C’est dans une confiance totale que j’étais prête à réveiller ce corps blessé…

Mon séjour fut déterminant pour mon avenir : il dura dix mois, durant lesquels je poursuivis mon parcours en travaillant progressivement, avec une équipe pluridisciplinaire.

Comme un devoir vital qui s’impose le matin pour chacun d’entre nous quand on se lève.

De nouveaux objectifs se mirent en place.

Etre l’acteur de ma propre reconstruction pour l’acquisition d’un savoir-faire.

M’approprier une nouvelle image avec un corps différent accompagné d’un fauteuil roulant.

Transformer le patient tétraplégique en une personne à part entière avec une nouvelle identité.

Comprendre le sens du devenir pour préparer ma sortie.

Quel programme !

 

 

 

[1] Paraplégie : paralysie plus ou moins complète des deux membres inférieurs.

 

[i] BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008

Propara 1

Survivre, coupée du monde extérieur.

Eloignée géographiquement des miens, je fus contrainte d’accepter mon isolement. Ma mère prenait quotidiennement des nouvelles par téléphone : « état stationnaire » lui répondait l’infirmière. Vivre à distance une telle épreuve était source d’angoisse, de souffrances : c’était être le spectateur passif d’un drame auquel on n’était pas préparé et impuissant sur les perspectives d’avenir.

Je reçus malgré tout beaucoup de visites de la famille, très réglementées pour éviter la fatigue. Ma mère était très souvent accompagnée pour ne pas faire la route seule. Je me souvins de Marie-Thérèse, de Georgette, de Bruno, mon frère, de Christine, ma copine d’enfance. Ma belle-famille aussi avec Stéphanie, ma belle-sœur, à qui je réclamais du coca (il faudra attendre un peu pour siroter ce breuvage !), mon beau-père Paul. Dépossédée des références de la vie sociale, on me donnait le temps qu’il faisait dehors, on me donnait des nouvelles de la famille et surtout de mes filles.

Du fin fond de mon lit, les mots réconfortants sur leur état soulageaient ma conscience de maman privée de ces liens maternels : une rupture affective lourde à supporter, une nouvelle vision de l’avenir floue remplie de doutes et une tristesse face à mon état végétatif.

Très entourée et soutenue par mes amis, je me souvins de la photo que Sandrine (née un treize octobre, signe de notre indéfectible amitié) et Patrick, son mari,  m’apportèrent lors d’une visite : prise dans la cour du domaine où j’habitais, elle représentait un groupe de trente personnes tendant les bras à l’avant avec un large sourire. Toutes ces personnes avaient écrit une dédicace, pleine d’encouragements, de pensées positives. Je ne sais pas combien de temps j’ai tenu cette photo, regardant chaque visage, relisant chaque petit mot en pleurant. Ce fut un mélange à la fois de douleur et d’espoir, une source d’encouragement de savoir qu’à l’extérieur, beaucoup de personnes avaient été touchées par le drame.

 

Il en fut de même pour les maîtresses d’école de mes filles qui avaient sensibilisé les élèves de leurs classes respectives à ce drame et je reçus des petits mots des enfants.

Relation chance abstrait amour coeur merci 121 66458

Cette mystérieuse moelle épinière

La  moelle épinière constitue le prolongement du cerveau de laboîte cranienne, à partir du bulbe rachidien et ce tout le long de la colonne vertébrale dans laquelle elle est contenue. Son rôle est de distribuer les nerfs entre le cerveau et les différentes parties du corps.

Elle est impliquée dans les réflexes, par exemple lorsque l'on retire sa main d'une plaque de cuisson brûlante, directement, sans passage de l'information nerveuse au cerveau.

La moelle épinière est un cordon blanc de 1 centimètre de diamètre et de 50 centimètres de longueur. Les nerfs rachidiens, qui sont directement reliés à la moelle épinière, sont au nombre de 31 paires (7 cervicales, 12 dorsales, 5 lombaires, 5 sacrées et 2 coccyx), chaque nerf présentant deux racines : motrice et sensitive.

Lorsque ce cordon est abîmé, rétréci ou carrément sectionné comme chez moi, le courant ne passe plus et par conséquent, les nerfs situés en dessous de la lésion médullaire ne peuvent plus exercer leur fonction motrice, ni sensitive.

Moi, l’interruption se situait en C6C7 avec fracture et luxation des cervicales : une lésion médullaire[1] irréversible. Il a fallu consolider l’ensemble par une plaque (arthrodèse) située sur le devant  de ma gorge. Cet appareillage n’était absolument pas douloureux, je l’ai encore à l’heure actuelle.

Premièrement, la tétraplégie[2] complète entraîne une impossibilité de commander les muscles situés sous la poitrine : du diaphragme, en passant par les abdos jusqu’au muscles des jambes.

J’avais beau regarder ma jambe,  l’unité centrale qu’est mon cerveau avait beau lui ordonner de se lever, le fil coupé empêchait toute commande et le réseau était interrompu. Pas de Wi-Fi, ça m’aurait bien arrangée !

J’ai appris avec le temps que, sans abdos, la station assise est précaire, chancelante parfois (me rapprochant sensiblement du culbuto) et que ma jambe ne bougera que si je la prends et que je la place manuellement, comme on déplace une bûche de bois (et, quand on connaît le poids d'une souche morte).

En C6 C7, les muscles des bras fonctionnent correctement, sauf les triceps qui sont plus faibles et les doigts qui ne bougent pas.

Deuxièmement, c’est l’insensibilité, qui est source de vigilance : être assise longtemps sur une surface dure peut entraîner à la longue une compression des chairs et un manque d’irrigation vasculaire et provoquer une escarre[1]. Tous les points d’appui sont concernés, en particulier, les fesses sur lesquelles je suis en permanence assise, il y a aussi, les talons concernés par l’appui des chaussures.

Bref, quand on sait qu’une escarre peut arriver en quelques heures, c’est un peu la bête noire des personnes tétraplégiques et paraplégiques qui multiplient la surveillance et la prévention.

Cette parenthèse anatomique est indispensable pour comprendre le fonctionnement d’une tétraplégie complète et ses conséquences physiques.

1 la moelle epiniere


[1] Escarre : lésion cutanée liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses du corps du patient.

 

[1] Médullaire (blessure) : atteinte lésionnelle de la moelle épinière avec paralysie totale ou partielle des membres et du tronc.

[2] Tétraplégie : paralysie des quatre membres causée généralement par une lésion de la moelle épinière. Elle est dite « complète » lorsqu’il y a une absence totale de sensibilité et de mobilité des régions innervées sous la lésion.

En réanimation...

lPoumons respiration’état d’esprit était centré sur le moment présent. Je vécus chaque instant comme une survie. Cette épreuve singulière et solitaire fut pour moi le souvenir de souffrances physiques principalement liées à la ventilation.

Se soumettre à la dépendance.

Il me fallut trouver l’air, mon oxygène, pour respirer car les poumons semblaient trop encombrés pour assumer leur fonction : l’intubation était indispensable pour pallier à l’urgence vitale et j’ai du accepter ce tuyau encombrant ma bouche mais tellement nécessaire pour vivre.

L’appareillage, qui m’entourait, était constitué de machines rythmant la respiration et donnait en permanence des indications sur mon état de santé : le personnel en alerte pouvait ainsi intervenir rapidement en cas de défaillance. Je me sentais comme dépossédée de mon corps que j’abandonnais aux équipes soignantes et aux machines. Tout se passa comme si je m’étais retrouvée expropriée de moi-même pour n’être qu’un sujet médicalement assisté et dépendant d’autrui.

Ce n’est que le 4 novembre que l’on me posa une trachéotomie[1].  Directement placée à la base du cou et reliée à la trachée, elle visait principalement à favoriser ma ventilation et pouvoir désencombrer mes poumons. Elle permit aussi d’aspirer régulièrement les sécrétions pulmonaires entravant la respiration et donc la distribution de l’air. On instaura des postures sur le côté pour désencombrer le poumon gauche. Mais malgré cela, lorsque l’air devint difficile à capter, lorsque la sensation d’étouffement était là, je sonnai pour que le personnel vienne aspirer ces sécrétions à travers la trachéotomie avec de longues sondes.

C’était très fréquent et je n’ai jamais autant ressenti ce sentiment de survie qu’à ces moments là. Tous les matins, c’était le même rituel : une simple prise de sang indiquait le taux de saturation[2]. Cette vérification était importante car elle indiquait, chaque jour, au personnel soignant l’amélioration de mon état pulmonaire.

 Pour me nourrir, pas question d’avoir une alimentation normale, plutôt une sonde gastrique, directement reliée à l’estomac. C’est encore une dépendance de plus qui m’imposait le lâcher prise. Je n’avais ni colère, ni révolte, ni déni, j’acceptais les soins et les aides techniques naturellement. Pouvait-il en être autrement ?

 

[1] Trachéotomie : incision chirurgicale de la trachée haute sous le larynx destinée à rétablir le passage de l’air par intubation.

[2] Saturation : désigne le taux d’oxygène contenu dans les globules rouges après le passage dans les poumons.

« Le destin est ce qui nous arrive au moment où on ne s'y attend pas ». Tahar Ben Jelloun.

PREMIERE PARTIE (extrait)

La départementale reliant Vesoul à Besançon était tranquille, sans grande circulation et nous avancions à une allure sereine, contents de rejoindre notre maison. Une voiture nous suivait. Nous venions de passer une petite côte et en amorçant la descente, loin devant nous, surgit une voiture blanche d’un chemin communal pour s’engager sur la route non pas sur la voie de gauche mais sur notre voie. Le soir tombait et dans la pénombre, cette masse blanche à l’horizon semblait se rapprocher, je criai « attention ! » et, par réflexe, mon mari, pour éviter la collision, donna un coup de volant sur la gauche. Cette manœuvre un peu brusque entraîna la voiture dans une toupie pour finir sa course dans le bas côté de la route.

La voiture s’immobilisa net dans le fossé : nous n’avions heurté aucun obstacle, ni touché la voiture blanche et nos étions tous les cinq assis sans réelles blessures.

Mon mari sortit de voiture, fit descendre mes trois filles apparemment indemnes et vint m’ouvrir la portière passager. « Comment vont les filles ? » lui demandai-je. « Elles vont bien, ne t’inquiète pas », me dit-il.

Là, d’un seul coup, mon corps se figea, comme cloué au siège et je ne pus descendre de voiture : mes jambes semblaient ne pas répondre à mes ordres, ma tête était consciente mais mon corps était là inerte. Devant la situation, mon mari, d’abord préoccupé de mettre mes filles en sécurité, se mit en quête d’aide pour appeler les pompiers. Je sentais une agitation et des lumières autour pressentant que d’autres automobilistes s’étaient arrêtés pour apporter leur secours. Un monsieur, qui se présenta comme étant médecin, ouvrit la portière et s’approcha de moi. Je lui décrivis l’insensibilité de mes jambes et de mes bras et, naturellement, il me soutint la nuque en soulevant le menton : je lui posais sans cesse la même question : « je suis paralysée, je suis paralysée ?? ». « Chut, ne parlez pas, restez calme ! » me dit-il d’une voix rassurante. Mais, au fond de moi, j’étais persuadée de ma paralysie, que ces jambes qui ne bougeaient pas étaient bien le signe d’un destin irréversible. Le froid m’envahissait, on m’apporta une couverture de survie. Je regardais la nuit dans l’attente des pompiers, consciente du drame que je subissais. Dans un silence pesant, l’attente fut longue, presque interminable….

C’était le 13 octobre 1997.8461312 imgs 1653

Comment vais-je m'y prendre?

C’est à travers l’expression de mon vécu, que je montrerai l’évolution de mon existence et le processus de mobilisation nécessaire pour devenir ce que je suis en 2019.
Il m’a paru important, pour cela, de respecter la structure diachronique de l’histoire, c'est-à-dire l’ordre des différentes étapes parcourues, se succédant parfois par des effets de cause à effet.
C’est ainsi que mon parcours, résultant d’une série d’actions, a été tracé me permettant, aujourd’hui, d’en analyser la trajectoire et les enchaînements.
Je parlerai aussi dans mon récit des trois éléments d’état : l’état de ma personnalité (mes forces vives, mon état psychologique), l’état de mon réseau (mes relations proches et les rencontres) et l’état de ma situation sociale qui définit mon statut dans la société.
Tout au long de mon parcours, les événements ont modifié l’un au moins de mes états et réciproquement, la modification de l’un de ses états a constitué un événement.
Existe-t-il pourtant une logique dans ce parcours ? Des points communs avec d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires ? Surement, mon objectif était d’en apporter les réponses mais, chaque être est unique et beaucoup de facteurs déterminent la trajectoire de notre vie : je n’aurais pas la prétention de servir de modèle mais, au-delà de ça, je peux affirmer que l’expérience vécue peut apporter des preuves, aider à construire des hypothèses et à en dégager certains concepts que l’on dit parfois récurrents.
C’est dans ce sens que mon histoire peut générer des connaissances socio objectives sur la reconstruction d’une personne handicapée à la suite d’un drame de la vie.


Img 1043

 

 

 

 

Un travail de mémoire (extrait de ma préface)

J’ai, de manière sincère et authentique, retracé chaque instant du parcours.

Les événements font partie de mon passé et constituent mon identité.
Quant à la mémoire des faits, des événements, on pourrait penser qu’elle peut, à certains moments, faire défaut mais les souvenirs, lorsqu’ils sont chargés d’émotion, restent bien souvent gravés et je n’ai pas rencontré de difficulté à les retrouver et à vous les livrer.
 Et, par souci d’authenticité et pour coller à la vérité, j’ai régulièrement consulté le carnet de bord tenu par ma maman avec des dates bien précises pour retrouver un événement marquant…
…Ce souvenir des faits, des personnes m’a obligée à revivre des émotions, à les éprouver une seconde fois mais, de manière différente qu’à l’instant T. Les revivre avec ce recul me permet de mesurer la métamorphose d’un drame de la vie en une victoire sur la vie et à travers le récit, de donner au lecteur, le plaisir d’en suivre le cheminement et d’en découvrir l’issue…

La peur laisse des traces sur notre memoire

Le titre et le sous-titre

Le choix du titre « 20 ans après » s’est imposé naturellement puisque cette histoire relate de faits qui se sont déroulés il y a déjà vingt ans (un grand merci à Cathy Donadieu*  qui a créé ce logo avec une de mes photos).
Je mesure ainsi les étapes parcourues, ce que j’en ai fait et ce à quoi je suis parvenue.
Mais, pour le lecteur, cela ne suffit pas : il a besoin de comprendre en prenant ce livre, qui parle et de quoi parle cette histoire.
Comment trouver un sous-titre accrocheur qui apporte en quelques mots des précisions sur le contenu ?
Plusieurs idées me sont venues sans que je puisse trancher sur l’une ou l’autre et, depuis le mois de mars, j’ai procédé à des sondages pour obtenir l’avis des membres de ma famille, de mes amis, de connaissances et aussi d’anonymes qui ne me connaissent pas et qui, donc, feraient preuve d’objectivité.
Voici les quatre suggestions :
1) Egographie*  une femme tétraplégique.
2) Egographie d’une tétraplégique.
3) Egographie d’une femme tétra.
4) Egographie d’une tétra.
Les opinions ont été variées et tant mieux, cela signifie que la porte est grande ouverte à la démocratie et à force d’arguments, le sous-titre 1 s’est détaché des autres parce qu’il semblait plus précis, plus explicite. En effet, les trois mots les plus importants sont là : EGOGRAPHIE pour l’expression écrite du MOI, de mon intérieur, FEMME parce que c’est ce que je suis avant tout et TETRAPLEGIQUE, parce que la vie de cette femme en a été autrement.
Je remercie toutes les personnes qui ont pris part à ma prospection et qui ont validé, par leur choix, le sous-titre qui retiendra l’attention, suscitera la curiosité et l’envie d’en savoir plus en achetant le livre.

_______

* www.cdonadieu.fr
* Néologisme de ma création dont les sonorités s’apparentent à celles de l’échographie et qui désigne l’expression d’un récit rétrospectif qu’une personne réelle fait de sa propre existence rappelant non seulement les faits passés mais les émotions ressenties. Il remplace l’item « autobiographie.

Logo

Synopsis

« Vingt ans après » raconte mon histoire, celle d’une femme tétraplégique de 54 ans, victime d’un accident de la circulation, et qui vit en fauteuil roulant.
Avec le recul, j’ai voulu comprendre le chemin parcouru et mener une réflexion continue sur mon expérience.
Qu’est-ce qui m’a donné la force, la motivation face à une situation contrainte pour agir, évoluer et me projeter dans l’avenir ?
Vous livrer avec mes mots toutes les émotions, les souvenirs de cette épreuve de vie est une manière d’intellectualiser avec objectivité le traumatisme et ses conséquences, l’acceptation du handicap et de la différence par la résilience: il ne s’agit pas seulement de me raconter mais d’ouvrir le débat vers une démarche d’engagement social pouvant servir à d’autres personnes touchées par un handicap ou à des personnes côtoyant de près des personnes handicapées.
Et puis, c’est à travers le récit intime que se tisse une reconstruction, non seulement « du sentiment de soi mais aussi de l’image que l’on dessine dans l’esprit de l’autre (1)».
Que cet ouvrage soit la trace indélébile des stigmates de mon passé est une évidence, il aura pour  mission de donner l’espoir et l’envie d’apprendre à vivre autrement pour transformer « l’obstacle en tremplin, la fragilité en richesse, la faiblesse en force et les impossibilités en un ensemble de possibles (2) » et de partager avec vous l’histoire heureuse d’un « merveilleux malheur (3) ».


1 - CYRULNIK Boris, un merveilleux malheur, Editions Odile Jacob janvier 2002  p 167
2 - FISHER Georges, Le ressort invisible. Vivre l’extrême, Paris, Le Seuil, 1994, p 269
3 - Dédicace de Boris Cyrulnik au colloque à Salon de Provence 23 et 24 mars 2017

Date de dernière mise à jour : 19/05/2019