Mes rencontres

Rencontres4

 

"Il n'y a pas de hasard dans les rencontres... Si nous sommes désespérés et, si nous n'avons plus rien à perdre, ou au contraire enthousiasmés par la vie, l'inconnu se manifeste et notre univers change. Les rencontres les plus importantes ont été préparées par les âmes bien avant que le corps ne se voient...". Paulo Coehlo

J'ai fréquenté les cours de sociologie du Collège Coopératif de Provence Alpes Méditerranée, j'ai rencontré des auteurs, j'ai assisté à des conférences, j'ai fait la connaissances d’associations locales, j'ai poussé la porte des librairies, j'ai recueilli les témoignages d'autres personnes handicapées...sans compter toutes les rencontres à venir, je vous ferai découvrir au fur et à mesure toutes ces personnes qui m'ont nourrie et inspirée.

Militer en politique.

Cette dernière étape, la plus récente, concerne mon implication dans la politique locale lors des élections municipales 2020.

Forte de mon expérience de terrain et de ma « notoriété » locale, j’ai été appelée en septembre 2019 à rejoindre un groupe d’opposition appelé « Osons Salon » avec lequel j’ai défendu, pendant cette campagne, les intérêts des personnes handicapées, la politique d’accessibilité de la ville en proposant des solutions innovantes. En effet, comme le montre Stéphanie Veermersch[1] dans son article, tout engagement militant suppose une éthique basée sur le pouvoir d’agir sur l’action publique.

Cette reconnaissance soudaine de mes capacités à changer le monde me propulsa aux devants de la scène, m’exposant à mes contradicteurs et aux joutes électorales.

Se faire une place dans ce milieu n’était pas facile : il fallait convaincre les citoyens du programme établi par notre groupe, se confronter aux listes adverses et prouver notre légitimité.

Ce nouveau rôle de militante m’obligea à prendre du recul, ne pas me sentir agressée par des propos et à affirmer objectivement l’importance d’une politique volontariste basée sur deux fondements essentiels : l’humanisme ou l’universalité, en proposant des idées pour une ville inclusive sans discrimination, et la citoyenneté, en favorisant la participation sociale, la démocratie participative et le travail de proximité.

Cette noble cause n’était pas gagnée d’avance car, malgré la loi de 2005, quinze après, les avancées restent timides voire inexistantes dans certaines communes.

Salon de Provence est une ville accueillante, riche en potentiel, qui a connu entre 2008 et 2014 avec la précédente municipalité une véritable mise en conformité des lieux publics, de la voirie et des transports et une prise en compte du handicap.

J’ai constaté que, depuis le mandat actuel, celui de 2014 à 2020, un « laisser aller » dérivait vers des négligences, des incohérences.

Mon engagement, dans cette campagne, visait donc à rétablir une ligne de conduite permettant une véritable inclusion et un vivre ensemble.

Je l’ai considéré comme une forme d’aboutissement d’un statut social : après sept mois de campagne, en mars 2020, j’étais 8ème sur la liste des 43 colistiers, je passais de l’usager au décideur et je devenais LA représentante d’une minorité. Malgré tout notre investissement, dimanche 15 mars 2020 lors du premier tour des élections, les résultats annonçaient la reconduite du mandat du maire sortant, élu à 70 % des suffrages.

Au-delà de la déception, cette expérience m’a surtout appris que l’implication politique locale du citoyen est essentielle pour défendre l’utilité sociale et la démocratie participative.   

 

 

 

[1] Stéphanie VERMEERSCH, op.cit., p 9.

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Agir au service des autres.

Mon expérience de bénévole au sein de l’association La Vaillante m’ouvrit d’autres portes. J’étais toujours disposée à donner de mon temps, à apporter mes compétences.

Pour toutes ces raisons, j’ai fini par adhérer, dix ans après ma sortie du centre, en tant que bénévole à différentes associations que ce soit dans le domaine sportif ou dans celles liées au handicap pour lutter contre la discrimination, pour favoriser l’inclusion des personnes handicapées dans la société et pour promouvoir leur participation sociale :

  • L’association handisport La Vaillante, que je présidais depuis 2009, était le seul club de sport représentant le handicap à Salon de Provence. Son inclusion dans la ville, à travers les manifestations organisées, était fréquente. Si bien que, l’Office Municipal des Sports (OMS) de la ville m’a accueillie comme membre pendant 8 ans de 2009 à 2017, j’y représentais mon club sportif et j’y ai côtoyé tous les clubs sportifs. L’ouverture au handicap devenait assez prégnante notamment  grâce à des rencontres de sensibilisation. Mon objectif était rempli lorsque je réussissais à créer des adhésions de personnes handicapées dans un club « valide ».

Cet investissement sur le terrain me value en 2017 d’être élue « bénévole de l’année à l’OMS » et en 2019, de recevoir la médaille de bronze de la Fédération Française de la Jeunesse et des Sports et de l’Engagement Associatif.

  • J’ai intégré parallèlement en 2009 l’association Parcours Handicap 13 qui m’a fait rencontrer, par l’intermédiaire de son réseau, beaucoup d’associations liées au handicap. En partenariat avec la MDPH, Parcours Handicap 13 assurait le suivi de projet de vie auprès de personnes handicapées dans le cadre du dossier administratif. J’étais volontaire pour assurer des permanences et recevoir les usagers en rendez-vous et assurer aussi des
  • La commission Communale d’Accessibilité, présente à Salon, me sollicita en 2009 car elle avait besoin de représentants du handicap moteur : ce rôle de représentant était une nouvelle fonction qui consistait à étudier l’accessibilité des Etablissements privés ou publics Recevant du Public (ERP).

Tous les mois, nous étudiions des dossiers de demande de permis de construire ou d’autorisation de travaux d’ERP. Cette consultation sur plan des aménagements permettait d’avoir un regard avisé sur les normes à respecter concernant l’accessibilité et de proposer des préconisations. On s’apercevait bien souvent que ce travail en amont était plus que nécessaire même auprès d’architectes pas toujours cohérents dans leurs aménagements.

J’ai rencontré des commerçants prêts à tout pour rendre accessible leur établissement et satisfaire leur clientèle sans discrimination, j’ai été confronté à des aberrations, des négligences ou de l’ignorance oubliant qu’une minorité de la population est aussi consommatrice. L’accessibilité était un cheval de bataille qui, lui aussi, était très énergivore. Mon engagement à la commission était un travail de longue haleine mais il avait toute son utilité pour améliorer l’accessibilité et les déplacements des personnes handicapées et de tous les usagers à Salon de Provence.

 

Office Municipal des Sports : c’est une association transversale de concertation à l’échelon de la commune dont la vocation est, aux côtés de la Municipalité, de conduire la réflexion sur le développement de la pratique des Activités Physiques et Sportives et du sport pour tous.

MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées

La commission communale d’accessibilité est obligatoire dans toutes les communes de plus de 5000 habitants : elle était présidée par l’élue en charge du handicap, le salarié chargé de cette mission à la mairie et des usagers porteurs de handicaps différents.

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Un esprit de liberté.

Je n’avais pas pour objectif de me lancer dans des exploits sportifs hors du commun ou de grandes expéditions. Mais, à plusieurs reprises, j’ai pu pratiquer quelques activités originales qui m’ont permis de me dépasser, de montrer que le handicap aussi important soit-il n’empêche pas la mobilité, les sensations fortes et le plaisir de surmonter sa peur.

Un tétraplégique est considéré comme un être sans mouvement, c’est un paradoxe de voir jusqu’à quel point il est capable de bouger !

C’est à Samoëns, dans notre station de montagne préférée, que j’ai réalisé mes premières descentes à ski, en biplace en 2009, que je me suis initiée au fauteuil tout-terrain en 2011 et que je me suis lancée dans les airs en parapente en 2015.

Ces moments d’adrénaline, partagés pour certains avec mes filles, sont des souvenirs inoubliables marqués par la sensation de liberté, d’évasion. Etre si proche de la nature, accéder à des endroits inaccessibles et se laisser guider par mon accompagnateur n’avait pas de prix.

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Le sport, comme tremplin.

Début janvier 1999, je m’étais mise en quête d’un club handisport près de Pélissanne où l’on pratiquait le tennis de table. J’avais vraiment apprécié cette activité en centre de rééducation et ma motivation maintenant était de retrouver le plaisir du geste mais aussi de rejoindre un groupe et partager avec d’autres personnes la même passion.

Et, comme toute vie est régie par des hasards qu’il faut savoir saisir lorsqu’ils se présentent,  je joignis par téléphone le responsable de la section tennis de table à l’association La Vaillante à Salon de Provence qui m’invita un samedi matin de janvier 1999 à participer à un entraînement.

Très bien accueillie par cette petite équipe composée de personnes handicapées, par Jean-Philippe P. l’éducateur chargé de l’apprentissage technique, par Guy M. le responsable, je me suis sentie tout de suite très à l’aise. L’ambiance était bonne, familiale. Je n’oublierai jamais cette attention portée à ma présence ce samedi là lorsqu’on me proposa d’être sur la photo de groupe comme si je faisais déjà partie de la famille.

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Anna.

Anna, la première jeune fille au pair polonaise, a marqué mon parcours ainsi que celui de mes filles. Sa disponibilité, sa gentillesse, sa discrétion contribuait à créer des relations cordiales : elle faisait partie de la famille, comme une grande sœur, elle participait à toutes les fêtes de famille. Les limites entre le temps de travail effectif et la présence bénévole n’étaient pas vraiment définies. Heureuse de découvrir la culture, les traditions et la cuisine provençale, Anna nous avait comblées. Son départ n’était qu’un au revoir car, quelques années plus tard, je l’accueillais à nouveau sous mon toit, à titre amical. Le désir de rester en France, d’y trouver un travail finit par se concrétiser lorsqu’elle rencontra l’amour. Depuis, elle est mariée, maman d’une petite fille et nous sommes restées amies car de beaux souvenirs nous rapprochent.

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Christine B.

Je me souvins de Christine B, une aidante, avec qui le courant est tout de suite bien passé : la rencontre m’était plutôt bénéfique et l’interaction qui nous liait faisait de notre relation, au départ professionnelle, une amitié respectueuse mais sincère. Elle favorisait mon bien-être physique et moral tout en respectant mon espace de liberté, mes choix. Elle pouvait tout aussi bien me suggérer une sortie (cinéma, par exemple) que j’acceptais volontiers. Cette relation de négociation de mes habitudes de vie bousculait mon quotidien et j’appréciais ces escapades improvisées.

Pouvoir confier ses états d’âme et avoir une écoute bienveillante sans jugement mais juste avait, pour moi, une dimension qui dépassait la relation professionnelle.

J’avais envie d’un séjour à Paris et Christine B accepta de m’y accompagner quelques jours : ces moments de partage et d’intimité sortaient du cadre strict imposé par les conventions et j’oubliais vite les contraintes de la relation. Elle avait beaucoup d’humour et moi, de mon côté, je riais de situations rocambolesques si bien que, je prenais plaisir à visiter la capitale comme l’auraient fait deux amies.

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4 juin 2020, « 20 ans après » est né !

Mon livre est terminé ! Après quinze mois de gestation, un travail intensif presque quotidien, je suis arrivée au terme de mon objectif et je peux, aujourd’hui, revenir sur les différentes étapes franchies une à une.

L’idée a germé en août 2018 ! Entre la vente de ma maison de Pélissanne, l’achat de l’appartement à Salon et le suivi des travaux, la préparation des cartons puis le déménagement le 18 janvier 2019, je réfléchissais déjà à écrire mon parcours. Ce projet m’occupait jour et nuit.

Mais voilà, j’avais besoin de l’aval d’une personne compétente dans ce domaine : fin janvier, à présent installée à Salon, j’ai pensé à Muriel Larrouy, ma directrice de mémoire du DHEPS et surtout docteure en sociologie. J’étais sure qu’elle serait la mieux placée pour m’encourager ou pas dans cette aventure. Son retour très positif, me conforta pour continuer dans cette voie, elle me conseilla des lectures.

Voilà, le processus était enclenché !

De février à mai 2019, j’ai mené de front, à la fois des lectures principalement de base sociologique traitant du handicap et du changement de vie, point de départ de ma réflexion, et à la fois des rédactions d’extraits. J’ai réalisé la trame de mon parcours, un fil conducteur reprenant les étapes essentielles, et j’ai créé un dossier sur mon ordinateur.

Il me fallait un titre percutant : j’ai sollicité mon entourage pour avoir leur avis.

Puis, j’ai vite compris que, pour me faire connaître, il fallait me tourner vers les réseaux sociaux comme Facebook tout d’abord, Twitter et Instagram et me créer un support qui me servirait à publier régulièrement des extraits. C’est Cathy D., une amie infographiste, qui a joué la webmaster en créant un blog. Elle est aussi à la création du titre. En mars, j’ai acheté le nom de domaine « égographie ».

La mise en ligne du blog a été faite le 25 juin, j’ai créé un planning de diffusion (une publication tous les quatre jours environ) : mon premier billet parut le 8 juillet. J’ai créé une newsletter que j’envoie une fois par mois. C’est un rythme important pour tenir les abonnés en haleine, solliciter leur envie d’être curieux. Puis, j’ai tenu à jour mes statistiques pour évaluer la fréquentation.

Dès le mois de mai, le livre prenait forme avec la rédaction de l’introduction et de la première partie.

A partir de là, j’avais besoin d’une relecture : au hasard de mes rencontres (si hasard, il y a), j’ai soumis le texte version papier à quatre amies, Catherine B., Marie J., Florence H. et Marie-Christine D., puis les allers et retour avec Muriel LARROUY m’ont permis d’approfondir la réflexion : j’ai corrigé, j’ai reconstruit des paragraphes en m’appuyant toujours sur mes acquisitions au cours des lectures.

Après la diffusion d’un article sur le site de « We Are Patients », le 24 août, ce fut l’effet « boule de neige » : de partage en partage, mon blog prit son envol ! De même le 3 décembre, « Tous ergo » me sollicita pour témoigner dans un article.

J’ai poursuivi l’écriture de la deuxième et de la troisième partie puis, dans la logique de mon parcours, avant de rédiger l’épilogue, j’ai découvert que je pouvais créer une quatrième partie.

Fin mars, Muriel me suggéra l’envoi de mon écrit à d’autres sociologues, Charles Gardou et Cyril Desjeux : avoir une analyse « nouvelle » validerait mes choix et la qualité de mon travail.

Les retours étaient très positifs mais m’encourageaient à « muscler » l’ensemble, notamment en lisant d’autres auteurs. Le travail n’était pas encore abouti et je ne devais pas baisser les bras.

Le confinement, imposé par la pandémie du Coronavirus du 15 mars au 11 mai, fut favorable à ce recentrement sur moi et cette réflexion plus approfondie.

Fin mai, Muriel me rédigea sa préface et je pus enfin assembler chaque partie comme un grand puzzle qui prenait forme : les parties s’imbriquaient les unes aux autres pour créer un ensemble cohérent et MON histoire se concrétisait.

L’impression définitive du document le 3 juin 2020 était bien la preuve de l’aboutissement de mon projet.

Aujourd’hui, je suis prête à envoyer mon livre aux éditeurs que j’ai pris soin de sélectionner dans le courant du moi de mai : la ligne éditoriale d’une dizaine de maisons d’éditions correspond à ce genre de témoignages. Là encore, il faudra faire preuve de patience pour obtenir une réponse entre 2 et 6 mois !

Mon souhait est d’en voir la parution en octobre 2020 : la chance m’apportera t-elle de bonnes nouvelles bientôt ? Durant quinze mois, j’ai mis tout en œuvre pour accomplir ce travail d’écriture et j’en suis pleinement satisfaite mais, à cette étape, je ne suis plus maître de mon destin, comme nous ne maîtrisons pas non plus le devenir d’un bébé qui vient de naître.

Je remercie toutes les personnes qui ont contribué à l’élaboration de « 20 ans après », les publications dans les réseaux continuent bien sur et je vous tiendrai au courant de la suite de l’aventure.  

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La gestion des aides à domicile.

La prospection d’un organisme pour l’intervention des aidants avait été faite par l’assistante sociale de Propara de façon à bien préparer mon retour à domicile. J’avais fait appel à leurs services lors de mes week-ends mais, à présent, l’organisation devenait plus complexe.
Elle entraînait deux enjeux importants :
-    Apporter une réponse personnalisée, adaptée et sécurisée en termes d’aide humaine : je devais choisir les intervenantes qui me convenaient et déterminer les tâches à effectuer en fonction de mes besoins.
-    Organiser le planning de roulement en fonction de mes habitudes de vie et de mes attentes.
Or, ces interventions ne se résumaient pas seulement à définir de façon pragmatique ces enjeux, elles entraînaient des conséquences sur la notion d’assistance, ma liberté d’action, le respect de mon intimité. Comment devenir employeur d’aidants familiaux ? Quelles relations humaines se développaient alors ?
Je n’étais pas préparée à cette gestion que peut connaître un chef d’entreprise ou un contremaître. « D’une façon générale, être employeur de ses aidants suppose la mobilisation de compétences, de connaissances et pratiques liées à quatre domaines
techniques (juridique, administratif, organisationnel et gestion financière) une fonction « humaine », relationnelle : le management  ».
J’avais confié à un service mandataire la gestion des feuilles de paie, pour être soulagée, sécurisée de l’administratif, du juridique et pour bénéficier d’une médiation afin de préserver l’équilibre de la relation aidé/aidant.
Le planning de roulement des employées était établi avec l’organisme en accord avec mes besoins spécifiques et la vie de famille.
J’avais donc pour responsabilité le management qui, par définition, signifiait de savoir piloter (fixer des objectifs et contrôler les résultats), organiser (répartir et coordonner le travail), animer (mener et mobiliser les personnes) et diriger (prendre des décisions pour réaliser des objectifs).
Or, dans le travail à domicile, la gestion simple portait sur des actions telles que l’entretien de la maison, du linge, la préparation des repas, la prise des repas, l’accompagnement dans les sorties, … J’avais toutes les compétences d’une maîtresse de maison pour diriger et organiser ma vie quotidienne.
La difficulté résidait plutôt dans la fonction relationnelle.

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Séverine.

Je n’étais pas en mesure de réaliser tous les actes matériels ou physiques et Séverine, la jeune fille choisie par mon ex mari en mon absence, suivait le rythme des semaines et était présente pour les accompagner à l’école, faire à manger, aider à la douche ou à l’habillage. Mes parents étaient toujours en activité professionnelle en Bourgogne et ne descendaient qu’aux vacances scolaires. Même si la présence de Séverine était nécessaire voire indispensable, elle m’était imposée car non choisie : l’interaction entre nos deux personnalités et fonctions respectives demandaient une accoutumance et des affinités.

L’autorité partagée entre nos deux personnes posait parfois des problèmes. Je me devais d’être cohérente et juste en essayant de garder ma légitimité. Expliquer aux filles les raisons d’un mécontentement ou, au contraire, d’une satisfaction, m’apportait une reconnaissance sur mes compétences parentales. Pendant un an, elles avaient adopté Séverine comme référent de l’autorité mais, à présent, le contexte était différent.

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La Pyramide de Maslow.

Les étapes successives jalonnant mon parcours se sont construites comme des paliers à franchir, à la manière de la célèbre pyramide créée par Abraham Maslow, fondateur de la psychologie humaniste. Il a hiérarchisé les besoins de l’homme, de façon à ce qu’il n’atteigne le plein développement de son psychisme que s’il est satisfait sur tous les plans.

Les différents paliers décrivent les stades des besoins de l’existence : on ne peut accéder au palier supérieur que lorsque le précédent est acquis.

J’avais atteint le niveau 1 et 2 car l’organisation de ma nouvelle vie matérielle me permettait de me sentir en sécurité, j’habitais une maison adaptée que j’avais choisie et dans laquelle j’étais bien, je m’étais entourée d’aidants familiaux, nous avions mis en place la garde alternée et sans tarder, officialisé la séparation par la démarche du divorce pour aboutir à une organisation sereine bien rôdée.

Je pouvais ainsi me familiariser avec ce nouveau statut, reprendre mon rôle de maman et gérer ma maison : j’étais reconnue comme telle par mon entourage, et j’étais entourée par mes amis, les mamans d’école, me sentant intégrée dans un système social. C’est le besoin d’appartenance au niveau 3.

Mon indépendance et mon autonomie allaient augmenter au fil des années pour atteindre le niveau 4. La présence des aidants, dont les relations étaient parfois complexes, s’est allégée au fur et à mesure que mes filles grandissaient. Je ne reprenais pas d’activité professionnelle mais j’allais exprimer mes compétences et faire des actions utiles, visibles et appréciées dans le monde associatif. Participer socialement, recevoir une délégation de pouvoir ont contribué à valoriser mon estime de moi. En parallèle, j’ai obtenu la reconnaissance du statut de victime et retrouvé aussi, à travers diverses relations amoureuses, mon statut de femme.

Quant au dernier palier, qui relève d’un développement personnel et de l’accomplissement de valeurs, je l’aborderai dans une quatrième partie.

Gravir les échelons n’était pas si évident au départ mais, comme d’habitude, il a fallu du temps pour avancer : réaliser ce livre en 2020 peut être considéré comme une forme d’aboutissement.

Pyramide de maslow

3 avril 2020, une impression de « déjà vécu ».

Après ces quelques jours de confinement, j’ai envie d’écrire, de partager avec vous mon expérience.

La situation à laquelle nous sommes confrontés actuellement me rappelle étrangement celle que j’ai vécue à l’âge de 33 ans : le livre « 20 ans après » en témoigne.  Pourquoi ?

Victime d’un accident, je me suis retrouvée isolée dans une chambre de réanimation, entourée d’appareils pour m’aider à respirer, coupée de ma famille.

C’est tout d’abord un traumatisme physique : désencombrer les poumons, retrouver l’air nécessaire pour ma survie et rendre ma respiration autonome.

Puis, vient le bouleversement moral, source d’angoisse, de doute sur un avenir différent. Il faut accepter ce tournant du destin pour construire une nouvelle vie.

Mais on ne renaît pas sans un travail sur soi, un regard distancié sur la situation imposée : vous livrer les enseignements d’un vécu similaire permet d’analyser l’événement actuel avec sérénité et d’en apporter des réponses.

  • En premier, faire preuve de patience : le temps est un bien précieux qu’il est important de mesurer. Chaque jour est un pas de plus vers une victoire attendue. Personne n’en connaît ni l’échéance ni l’issue. Vivre au présent sans se soucier du futur apporte plus de satisfaction que la peur de l’avenir.

Depuis le 13 octobre 1997, j’étais en confinement. Au bout de dix semaines, le jour de Noël, alors que je débutais ma rééducation à Montpellier, je sortis pour la première fois à l’extérieur. Ce cadeau reste encore gravé dans ma mémoire : l’air vivifiant remplissait mes poumons et je me sentais vivante.

Brûler les étapes aurait nui à ma progression : le moment de sortir de notre confinement viendra lorsque le contexte sera favorable. Ne soyez pas trop pressés !

  • En second, devenir l’acteur de sa propre histoire en étant responsable de nos comportements : en utilisant les gestes barrières, je préserve ma propre santé  et je protège celle d’autrui. Etre actif, c’est être pleinement conscient des risques encourus et d’en limiter les impacts pour soi et pour l’entourage. Les contraintes imposées doivent être acceptées sans déni, sans révolte, sans colère.

La situation de handicap, que j’ai du apprivoisée, requiert les mêmes aptitudes : comprendre ce que l’on vit, c’est déjà connaître le pour quoi on agit.

  •  Troisièmement, le confinement modifie notre interaction avec l’entourage : en 1997, je n’avais aucun moyen de communication avec ma famille (quelques visites régulières de ma maman et de rares amis). Aujourd’hui, nous disposons de moyens modernes principalement avec les réseaux sociaux.

L’isolement physique n’empêche donc pas le dialogue via le téléphone ou les vidéos en famille : partager ces moments particuliers est important pour garder un lien social. Profitez de ces instants inédits pour parler de ce que chacun vit dans son « chez soi » et libérer vos émotions !

On voit se multiplier les vidéos en direct de musiciens, de cours de yoga, … Accueillir ces nouveaux modes de pratique demande un apprentissage, une adaptation mais se révèlent être très bénéfiques pour le moral.

  • Enfin, je me concentre sur la valorisation du positif : écouter de la musique, lire, jouer à des jeux de société, quelque soit ses centres d’intérêt, toute activité destinée à divertir est préférable à l’écoute anxiogène des médias, relatant le nombre de morts ou visionnant les images traumatisantes de malades en réanimation.

Ce recul face à une réalité existante permet d’écarter une peur, certes légitime, mais qui ne doit être envahissante : nous sommes tous vulnérables et fragiles mais notre force réside dans l’appréhension d’une vision plus optimiste.

Comme dans mon apprentissage en rééducation, j’ai toujours préféré voir ce que je pouvais encore faire plutôt que de me lamenter sur mes déficiences. 

Cette crise sanitaire marquera à jamais notre existence et induira des changements dans nos modes de vie.

Il y aura un « avant » et un « après », comme l’a été mon parcours.

Comme une forêt dévastée après un incendie, la nature reprendra vie autrement : on retrouve cette résilience chez l’homme qui, suite à un traumatisme, développe des capacités d’adaptation et une nouvelle forme d’existence.

De cet événement, naîtra une philosophie de vie qui nous apprendra sa vraie valeur avec modestie et retenue et nous ouvrira les portes d’un retour à l’essentiel.

 

Film "Patients".

Je me suis retrouvée dans la description donnée par Thomas Sotinel, journaliste du journal Le Monde à propos du film « Patients » de Grand Corps Malade et Medhi Idir sorti en 2007: «Très simplement, en égrenant les incidents, ces cinéastes débutants parviennent à mettre en scène l’ennui, l’effort, le découragement, les victoires – définitives ou éphémères – d’une poignée de jeunes gens gravement traumatisés. Sans éprouver la patience du spectateur, ils évoquent la souffrance physique, l’inconfort, l’ennui, la routine – la vie d’un patient hospitalisé. Comme le prouve l’existence même du film Patients, l’histoire de Grand Corps Malade ne s’est pas trop mal terminée. Il prend pourtant garde de faire de son film une « leçon de courage », un vade-mecum de l’hospitalisé. S’il est un enseignement à tirer de ce film, c’est la fragilité du corps, l’ingéniosité et l’énergie qu’il faut pour le remettre en état de marche, sans que jamais le succès soit garanti »[i].

 

[i] SOTINEL Thomas « Patients » de la fragilité des corps. 21 janvier 2018 Le Monde

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Jumbo Run

Le programme de rééducation se poursuivait entrecoupé de visites d’amis et, comme le voulait la tradition à Propara, le JUMBO RUN eut lieu le 12 et 13 juin 1998.

C’était un événement qui rassemblait un club de side-cars et les patients de l’établissement pour deux jours de circuit dans l’arrière pays montpelliérain. Volontaire pour participer à cette escapade originale, je pris place dans la nacelle de ce bolide, presque au ras du sol, calée avec une amie tétraplégique comme moi (la nacelle était assez large pour nos deux gabarits). Près d’une trentaine de motards avaient répondu à l’appel, des kinés et accompagnateurs assuraient la logistique avec les fauteuils roulants. Nous sillonnâmes les routes pittoresques à travers la campagne et les vignobles pour arriver en fin d’après-midi à un domaine viticole, qui nous avait ouvert ses portes et organisé un repas/concert. Nous passâmes la nuit dans un hébergement collectif avec la présence d’une infirmière pour pallier aux besoins spécifiques de chacun. Nous reprîmes la route le lendemain pour un retour « à la maison ».

Quelle dose d'adrénaline en pleine vitesse, quel moment d'évasion !

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Un grand merci à mes (futurs) lecteurs.

Un an déjà que vous suivez l’avancée de mon livre sur le blog « 20 ans après ».

5595 visiteurs pour 12079 pages vues en un an !

La rubrique « mes écritures » retrace chronologiquement les étapes parcourues.

« Mes lectures » sont riches des apports sociologiques sur ce sujet et de l’enseignement que j’ai pu en tirer.

Quant à « mes rencontres », elles jalonnent mon parcours avec la richesse de leurs diversités.

L’écriture du livre, plus avancée que celle du blog, continue. L’échéance n’est plus très loin mais j’ai encore besoin de temps (deux mois ?) avant de lancer à la recherche d’éditeurs.

Les 186 abonnés sur Facebook, 21 sur Twitter et 97 sur Instagram m’encouragent à poursuivre l’aventure alors, merci.

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Choisir un fauteuil roulant.

Dès mon retour au centre, mon kiné Nicolas me présenta Marc, un prestataire en matériel médical, pour choisir mon futur fauteuil roulant : il me fallait faire des essais parmi les nombreux modèles. Il serait sensiblement le même que celui qu’on me prêtait ici et avec lequel je m’étais habitué, maniable, léger (en titane et carbone) pour le démonter et soulever facilement pour le mettre dans une voiture. Après avoir pris mes mensurations pour ajuster au mieux les dimensions du fauteuil, lister les différentes options indispensables, je pouvais le personnaliser en choisissant la couleur. En me projetant ainsi dans cet achat, je devenais l’heureuse propriétaire d’un objet qui ferait corps avec moi, parfaitement adapté à ma morphologie et mon mode de vie. La commande passée, il me faudrait attendre quelques semaines pour sa livraison courant juin.

Fauteuil roulant chassis fixe k series attract au meilleur prix

Se comparer aux autres et user de l'humour.

 

 Pendant la rééducation, on se retrouvait tous dans la salle commune, un plateau technique pourvu d’appareils de « torture ».

Certains patients parvenaient au terme de leur rééducation, d’autres nouveaux arrivaient.

J’observais du coin de l’œil le travail des uns et des autres, les souffrances qu’on devinait sur leurs visages, les sourires complices pendant les exercices…

On partageait l’expérience commune du handicap, la même galère, chacun avec son histoire, son degré de lésion, ses capacités, …

C’était, dans ce microcosme, en me comparant aux autres que j’analysais ma propre situation et je prenais conscience de la progression de ma rééducation.

Cette ambiance collective, comme l’analyse Xavier Bouton, « repose sur l’exposé, sans garantie, qu’avec le temps et l’habitude, les gestes et les êtres finissent par trouver leur place dans une forme d’union qui rendent ces moments moins coûteux sur le plan émotionnel[i] ». Se familiariser avec son état, c’était aussi prendre du recul sur la situation.

Je discutais avec un tétraplégique dont la moelle épinière était sectionnée en C1 C2 bien plus haut que moi (C6 C7), et qui ne bougeait que la tête. Il conduisait son fauteuil électrique avec une manette commandée par son menton et profita de ma présence pour prendre l’ascenseur : j’appuyai sur le bouton du 2ème étage (geste banal qu’il ne pouvait plus faire) et, bien que ravie de lui avoir rendu service, égoïstement, je me délectais d’être relativement autonome et d’avoir encore cette liberté.

Je croisais toujours moins bien loti que moi ou, au contraire, moins « handicapé » : et là, j’enviais presque le paraplégique qui, d’une impulsion, faisait son transfert sur son fauteuil pour effectuer ensuite quelques tours sur deux roues.

Quelle chance, il avait ! Mais, ça, lui même ne le savait pas !

 

 

[i] BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008

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Le tennis de table

 En ce début d’année, Jean-Marc, le responsable du sport, m’invita à jouer au tennis de table : j’acceptais avec plaisir cette proposition.

Tous les lundis soirs, après une journée de « travail », je montais au gymnase. J’y  découvrais que statique devant la table, cette activité développait les réflexes, l’équilibre, la mobilité des bras (les triceps chauffaient !). Ne pouvant serrer le manche de la raquette avec mes mains de « tétra », mon ergothérapeute me confectionna une attelle enveloppant ma main et maintenant ainsi la raquette fermement. J’échangeais les balles avec des personnes d’un club handisport de Montpellier venus spécialement initier les patients non seulement aux gestes techniques du tennis de table mais aussi leur susciter l’envie de continuer l’activité au retour à domicile (ce que je fis). C’était vraiment super et je me prenais au jeu.

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Ambiance de travail

Pendant la rééducation,  on se retrouvait tous dans la salle commune, un plateau technique pourvu d’appareils de « torture ».

Certains patients parvenaient au terme de leur rééducation, d’autres nouveaux arrivaient.

J’observais du coin de l’œil le travail des uns et des autres, les souffrances qu’on devinait sur leurs visages, les sourires complices pendant les exercices…

On partageait l’expérience commune du handicap, la même galère, chacun avec son histoire, son degré de lésion, ses capacités, …

C’était, dans ce microcosme, en me comparant aux autres que j’analysais ma propre situation et je prenais conscience de la progression de ma rééducation.

Cette ambiance collective « repose sur l’exposé, sans garantie, qu’avec le temps et l’habitude, les gestes et les êtres finissent par trouver leur place dans une forme d’union qui rendent ces moments moins coûteux sur le plan émotionnel[i] ».

Je discutais avec un tétraplégique dont la moelle épinière était sectionnée en C1 C2 bien plus haut que moi (C6 C7), et qui ne bougeait que la tête. Il conduisait son fauteuil électrique avec une manette commandée par son menton et profita de ma présence pour prendre l’ascenseur : j’appuyai sur le bouton du 2ème étage (geste banal qu’il ne pouvait plus faire) et, bien que ravie de lui avoir rendu service, égoïstement, je me délectais d’être relativement autonome et d’avoir encore cette liberté.

Je croisais toujours moins loti que moi ou, au contraire, moins « handicapé » : et là, j’enviais presque le paraplégique qui, d’une impulsion, faisait son transfert sur son fauteuil pour effectuer ensuite quelques tours sur deux roues.

Quelle chance, il avait ! Mais, ça, lui même ne le savait pas !

Il y avait Agnès, jeune paraplégique que j’ai retrouvée des années plus tard sur Facebook. Elle était en équipe de France handisport de basket. Gérard, un corse tétraplégique, qui me racontait que son coiffeur lui avait demandé s’il fallait lui couper les pattes, il avait répondu : « non, merci, c’est déjà fait ! ».

Il y avait un martiniquais devenu « tétra » à la suite à une chute de cocotier, un rugbyman ou un plongeur dont les cervicales avaient subi aussi le mauvais choc au mauvais endroit.

Un collègue paraplégique s’était fait déteindre les cheveux de couleurs vives. En croisant le médecin dans le couloir qui le dévisageait, il ne put s’empêcher de lui dire : « vous n’avez jamais vu de perroquet à roulettes ? »

Au-delà de ses labeurs, cette joyeuse équipe vivait ainsi des jours heureux.

 

 

[i] BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008

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Madame Débrouille (suite)

Quand je vous parlais de Madame Débrouille, je voulais évoquer toutes les astuces que Violaine, on ergothérapeute, avait mises en place : c’était la reine du scratch, des attelles et des anneaux adaptés à tous les objets !

Comment tenir une brosse à dents en main quand on ne pouvait pas la serrer ? Comment écrire sans la pince entre le pouce et l’index ? Et, manger, sans que ça devienne une galère avec une nappe maculée de taches ?

C’est ainsi que beaucoup de mes ustensiles courants (brosse à dents, brosse à cheveux, fourchette, stylet pour taper sur un clavier d’ordinateur, celui avec lequel je tape ce texte, lettre après lettre…) ont été pourvus d’attelles entourant ma paume de main dans lesquelles je pouvais la glisser. J’avais assez de mobilité pour me servir de mon bras et de mon poignet même si mes doigts ne bougeaient pas. Le seul objet qui n’avait pas son aide technique, était le stylo : à force de chercher la meilleure façon d’écrire « lisiblement », je décidai de coincer le stylo feutre (obligatoire car, sans appuyer, sa mine glisse sur le papier) entre le majeur et l’index. Le tour était joué, j’allais pouvoir seule rédiger un chèque, écrire une adresse ou prendre des notes.

Je comptais aussi beaucoup sur les anneaux en métal (ceux sur lesquels sont nos clés) : sauf que moi, j’en mettais partout : aux fermetures éclair, aux chaussures, sur tous les objets insaisissables autrement !

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Violaine, mon ergothérapeute

 

C’est ainsi que se poursuivait la rééducation en binôme avec Violaine, mon ergothérapeute[1].

Pour résumer, c’était Madame Débrouille, pleine de ressources et d’astuces dont j’ignorais l’existence. Son objectif : développer un savoir-faire qui consiste à pallier aux déficiences inhérentes au handicap et à m’inciter à être moi-même « productrice d’un chemin de gestuel inexploré, d’une voie à ouvrir pour enfin parvenir à reprendre ma place dans ce corps qui la conteste[i] ».

Se pencher pour ramasser un objet tombé au sol en tenant l’équilibre, déplacer des petits objets sur un plan de travail en utilisant le pouce et l’index (la pince), écrire en trouvant la meilleure façon de tenir un stylo feutre, …n’étaient que des exemples d’apprentissage qui me seraient bien utiles. Sans oublier, se laver les dents, se coiffer, manger, …tous ces actes de la vie quotidienne que tout le monde souhaiterait faire seul pour ne pas dépendre d’autrui.

« Comment tu te sens là, penchée en avant ? N’aies pas peur, tu ne risques pas de tomber ! Vas-y doucement, tu vois ! Essaye de toucher tes pieds ! ». Cet exercice périlleux me sembla impossible aux premiers abords : le manque de sensibilité m’obligeait à réaliser l’action demandée avec prudence car, je n’avais pas d’équilibre du tronc et que mon corps semblait suspendu par les épaules en permanence au dessus du vide.

Mon corps se pencha jusqu’à ce que mes mains viennent toucher mes pieds et je réussis ! Maintenant, il fallait se redresser avec seulement la force des bras et surtout des triceps. Ils étaient limités et par conséquent, à moitié performants, alors, cet exercice venait les renforcer. C’était plus facile pour ramasser un objet tombé sur le côté : j’accrochais un coude à la poignée du fauteuil et avec l’autre main, me penchais jusqu’au sol pour le saisir comme je pouvais.

Ces exercices répétés pourraient donc se reproduire seule sans risque.

 

 

[1] Ergothérapeute : profession chargée d’évaluer et d’accompagner les personnes afin de préserver et développer leur indépendance et leur autonomie dans leur environnement quotidien et social.

 

 

[i]  BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008

 

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Nicolas, mon kiné

 Après la toilette et le passage de la femme de service pour le ménage, je patientais, allongée, en attendant la visite de mon kiné Nicolas. Avec le programme déjà bien rempli, il était déjà 10 heures, 10 heures 30. La mobilisation des membres inférieurs et supérieurs se faisait au lit, comme en réanimation.

Pour meubler l’attente, je regardais les clips vidéo sur M6. Nicolas frappa, entra : « Salut, ça va ce matin ? ». « Super, et toi ? ».

Oui, à Propara, tout le monde se tutoyait, mis à part, les médecins qui vouvoyaient les patients. Se tutoyer permettait une forme de rapprochement, d’établir une relation de confiance et d’atténuer le rapport médical soignant/soigné. « Cette familiarité se garde de préserver toute l’intimité : elle ne doit pas être trop intrusive »[i]. Ça n’était pas le cas, simplement me sentir ainsi proche, renforçait la complicité.

C’était devant la télévision que Nicolas, manipulait mes jambes, les pliait, les écartait pour garder une certaine souplesse, étirait les chevilles pour éviter les raideurs. On discutait de tout : nos goûts musicaux, les concerts que nous avions vus. Ce moment était propice aux confidences sur ma vie.

  • « Tu as vu des filles pendant les fêtes de Noël ? » me demanda t-il.
  • « Oh oui, elles sont venues début janvier avant la reprise de l’école, ça m’a fait du bien. C’est dur de ne pas les voir plus souvent mais elles vont bien, c’est le principal ! L’aînée est en CE2 et les jumelles sont en CP. Elles sont bien entourées, l’école est super et leur père a pris l’organisation en main, de toute façon, il n’avait pas le choix ! »
  • « Tu faisais quoi comme métier avant ? »
  • « j’étais dans le social puis j’ai été enseignante quand j’ai eu mon accident. Je préparais le concours pour être titulaire et puis, ça m’a tout gâché ! »
  • « Qui sait si, un jour tu ne vas pas reprendre ton métier, faut du temps et ne jamais te décourager, c’est important ! En ce qui concerne la souplesse, c’est pas mal, tu n’es pas trop spastique, c’est un avantage pour plus tard ! »

La séance d’étirements se terminait par les manipulations des doigts immobiles pour ne pas, à long terme, qu’ils se recroquevillent. « A tout à l’heure, en bas ! » me dit-il en quittant la chambre.

 

 

 

[i] BOUTON Xavier, Corps diminué et reconstruction collective, Editions PUG novembre 2008Kine

Le jour de l'Epiphanie

Dimanche 4 janvier 1998, le jour de l’Epiphanie, mes filles revinrent pour la troisième fois. Les choses étaient différentes puisque j’étais assise au fauteuil et non plus alitée, facilitant ainsi le rapprochement physique. Pendant cette journée remplie de joie, j’oubliais l’appréhension de notre relation, j’étais la REINE, entourée de mes trois princesses. Partager avec elles une partie de Triominos, avec ma planche magique, n’avait pas de prix !

Cette visite libéra mes tensions : la maman que j’étais, sentait qu’elle reprendrait sa place dès sa sortie et que le handicap, contrairement à la première visite, ne pourrait en rien modifier la relation affective. Ce fut ainsi que je me projetais dans le futur avec l’envie de les rejoindre.

Janvier 98 les filles

Encouragements

Je viens de lire ton blog, tu es vraiment faite pour écrire, j'espère que ce projet va se réaliser car il faut tout ton courage pour raconter ton parcours, bisous. Maman

Je te suivrai. 

Vas-y.

Je pense souvent à ton épreuve dans mon parcours de deuil. Toi aussi, tu as dû faire le deuil de ta vie d'avant.

Ton courage est un exemple pour moi. 

A bientôt 

Minou D.

 

Coucou Sylvie,

Et bien bravo, tu as trouvé une belle occupation et je suis sure que cela peut faire le plus grand bien à toi mais aussi à tous tes lecteurs.

Tu es une femme pleine d'énergie, toujours souriante, qui rebondit sans cesse, et ton attitude de tous les jours m'a appris à mieux supporter mon vitiligo, qui certes n'est pas un handicap physique, mais mental.

Donc je suis d'accord avec toi, il n'y a pas de hasard dans les rencontres,  et tu es pour moi une très belle rencontre.  

Tu peux être fière de ton parcours, qui n'a surement pas été facile, et de tes filles si charmantes.

Je te fais plein de bisous, en attendant la suite de tes écritures.

A bientôt j'espère.

Michèle K.

 

Coucou Sylvie

De tout coeur avec toi dans ce super projet, je suis allée lire tout ce qu'il y a sur ton blog, c'est trop bien, bien fait, bien écrit, bien imagé, présenté. Je suis fan. 

Je te suivrai avec plaisir.

Ne change rien, tu es au top toujours!!

Contente d'avoir fait partie de ton début de parcours, j'ai beaucoup appris à tes cotés, me tarde de lire le ressenti de ton parcours.

Merci pour ce mail, touchée de le recevoir.

A bientôt.

Christine B.

 

Bonjour Sylvie

Beau projet que le tien d’écrire ce livre et nous le faire partager.

Nous nous connaissons depuis plusieurs années et avons déjà pu partager à plusieurs occasions.

Tous mes vœux t'accompagnent dans cette réalisation.

Avec mon amitié.

Yves D.

 

Bonjour 

Je viens te lire ton blog.

C est un réel plaisir de te lire, les mots sonnent justes et les phrases sont belles.

Bonne suite

Muriel  L.

                      

Bonjour Sylvie,

Je constate que ni les accidents de la vie ni la canicule n'altèrent ton énergie positive !! J'ai hâte de te lire, vivement octobre 2020.

Je t'embrasse. A bientôt.

Christine R.

 

Bonjour Sylvie

Première lecture terminée☺ 

Finalement, j'ai imprimé ton manuscrit, c'était plus facile pour le lire et faire quelques annotations.

Ton histoire reste unique mais tu as raison elle a une portée universelle.

Hâte de lire la suite! Quel travail ! Quel parcours de vie ! 

Marie-Christine D.

Merci Sylvie de partager avec nous ton histoire. Tu es une femme que j'admire pour ton engagement et ton dynamisme, et ta bonne humeur. Je suis sûre que ce message inspirant viendra apaiser de nombreux coeurs. Sabrina Green

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Intouchables

Dimanche 6 octobre: rediffusion du film "Intouchables". Une bonne analyse de la relation complice qui se noue entre une personne handicapée et son aidant: l'humour et le second degré peuvent briser bien des tabous.

Intouchables

Amitiés

Le temps ne te fait pas perdre tes amis, il te fait comprendre qui sont les vrais.

« Depuis six semaines, je n’osais pas t’écrire. A chaque fois que je vois ton mari, j’avais l’impression de le gêner en lui posant des questions sur ta santé. Je me sentais impuissante vis-à-vis de toi. Du coup, j’ai appelé ton père : tu ne peux pas savoir, cela m’a fait du bien de pouvoir discuter de toi avec lui. Il m’a dit que tu avais fait beaucoup de progrès. Cela m’a fait énormément plaisir. Je pense tout le temps à toi. Tes filles ont besoin de toi, je sais que tu vas y arriver, car tu es une battante. Il paraît que tu vas aller dans un centre de rééducation à Montpellier. Je n’attends que ça pour venir te voir et enfin t’aider.»

« Ne sachant trop comment te dire la haine que je ressens envers le hasard qui t’as conduit là où tu es, et la peine qui en découle, je t’envoie des paroles que j’aurais aimé dire moi-même mais que d’autres ont dites ou écrites avant moi et, certainement beaucoup mieux, dans ce petit carnet. Je t’embrasse. »

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Boris CYRULNIK

Rencontre #5
Je ne peux pas écrire mon parcours sans évoquer la résilience et celui qui en parle le mieux, Boris Cyrulnik, que j'ai rencontré à Salon en 2017.

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We Are Patients

We Are Patients est le média francophone qui donne la parole aux patients, ainsi qu’à leurs proches, engagés et mobilisés contre leurs maladies.
En allant à la rencontre des patients leaders d’opinion, We Are Patients met en valeur des histoires fortes, touchantes et positives, tout en abordant des sujets liés aux maladies (cancer, diabète, la sclérose en plaques, épilepsie mais aussi des maladies rares et méconnues).
Parce qu’à travers la parole, on peut informer pour mieux sensibiliser et aider, parce que mettre des mots sur ce qu’on ressent, c’est déjà un premier pas vers l’acceptation de la maladie et vers l’ouverture aux autres.

Merci à eux pour la publication de mon interview visible sur le lien ci-dessous:
 

https://wearepatients.com/handicap/tetraplegie-sylvie-20-ans-apres/

 

Index

Laurence FISCHER

C’est lors de son passage à Salon pour une conférence, organisée par le ZONTA Club Salon de Provence Catherine de Médicis, sur le thème de la reconstruction après un traumatisme dû à des violences sexuelles sur les femmes que j’ai écouté Laurence Fischer.

Ancienne athlète de haut niveau en karaté et plusieurs fois médaillée mondiale, elle met à présent ses compétences sportives au service de femmes  physiquement et psychologiquement détruites à la suite d’un viol ou d’agressions sexuelles en créant la reprise de confiance, en appréhendant  leur corps meurtri  par de l’écoute, des gestes adaptés et ainsi leur permettre, comme par résilience, de retrouver une certaine dignité et une vie de femme.

Ces parcours douloureux et traumatisants ont quelques points communs avec celui d’une femme brisée dans son destin par un accident, dont le corps n’est plus le même et la confiance parfois perdue : ils ont fait résonnance en moi.

Reconquérir une image de soi différente pour se sentir belle, combattre les préjugés et affirmer sa personnalité, autant de défis à relever après un trauma, quel qu’il soit.

Merci à Laurence Fischer pour son engagement dans sa fondation FIGHT FOR DIGNITY, pour  le partage de son formidable travail et des outils de réflexion abordés ce samedi 13 avril 2019 à Salon.

 

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Peut-on parler d'une divine rencontre?

C'est sans doute là que j'ai puisé aussi ma force.Deogratias tif

Destins croisés

A58898d95eeb4c1415a4e2c3fd8df849C’est aussi en 1997 que la Princesse Diana nous a quittés le 31 août et que Mère Térésa la rejoignit le 5 septembre. Deux femmes honorables dont j’ai admiré le parcours autant dans leur dévotion et leur bienveillance que par la modestie dont elles faisaient preuve. Ces disparues ont apporté beaucoup d’humanité dans leurs actions et ont marqué leur temps. C’est en leur rendant hommage que je réalise que le plus important est de savoir donner et partager.

Muriel LARROUY

Ma directrice de mémoire a été un pilier indispensable en 2014 dans la construction de mon mémoire de DHEPS. Comme pour un chantier, j’avais la matière première (les briques, le ciment), j’avais le savoir faire acquis pendant les cours du collège coopératif d’Aix mais, voilà, il me manquait le regard averti d’un chef de travaux pour superviser l’ensemble.
Muriel LARROUY, docteure en sociologie, est l’auteur d’un livre « L’invention de l’accessibilité » : je ne pouvais pas trouver une personne plus aiguisée dans ce domaine puisque l’objet de mon étude portait sur « la gouvernance de la ville de Salon dans la politique d’accessibilité ».
Elle accepta d’être ma directrice de mémoire et malgré l’éloignement géographique, nous avons pu - beaucoup par mail, beaucoup au téléphone - échanger et avancer ensemble dans l’élaboration des fondations, base solide et stable du mémoire, la pose des murs pour structurer l’édifice, l’installation du toit pour se couvrir de tout aléa. Les décorations intérieures ont fait l’objet d’attention particulière pour finaliser l’écrit et corriger chaque tournure de phrases.
Après presque un an de travail, sa présence le jour de ma soutenance le 21 septembre 2015 m’a beaucoup rassurée, confortée et mise en confiance.
Nous sommes restées en contact et, lorsque je l’ai informée en 2018 de mon envie d’écrire mon livre, elle n’a pas été surprise : « ça ne m’étonne pas de toi ! » et m’a encouragée dans ce nouveau défi.
J’utiliserais la boîte à outils d’analyse sociologique que Muriel m’a transmise et je construirais, sous son regard bienveillant et ses conseils pertinents, l’Memoire dhepsoeuvre de ma vie.Invention accessibilite 4547

 

Date de dernière mise à jour : 21/05/2019